Le ferry Interislander met trois heures trente pour passer de l'île du nord à l'île du sud en traversant le détroit de Cook. Ayant rendu ma voiture à Wellington, j'ai embarqué en tant que passager. Arrivée à Picton, une petite bourgade très bourgeoise (c'est la plus grande région viticole du pays) lovée au fond du fjord Queen Charlotte. C'est un très bel endroit mais trop rupin.
Direction le sud vers Christchurch en six heures de bus.
Christchurch.
C'est la deuxième ville du pays, la plus grande de l'île du sud, avec 400 000 habitants. La ville et ses habitants ont beaucoup souffert récemment. Le 4 septembre 2010 la ville est frappée par un séisme de magnitude 7,0 sur l'échelle de Richter qui ne fait aucune victime. Nouveau séisme de magnitude 6,3 le 22 février 2011. 185 personnes ont trouvé la mort. Le 13 juin 2011, un nouveau séisme de magnitude 6,0 frappe encore la ville faisant 1 mort,
provoquant cette fois l'effondrement de plusieurs bâtiments dans le centre-ville. La dure loi des séries s'est acharnée sur la ville.
La démolition d'un bâtiment avec en arrière-plan le Palais des Congrès tout neuf.
C'est une ville encore en chantier, 13 ans plus tard, qui s'offre à mes yeux. 80% du centre ville a été démoli et est en cours de reconstruction. C'est bien triste à voir. Beaucoup de friches sont encore présentes en ville en attente de projets. La cathédrale a été presque entièrement détruite. Elle est en travaux.
Des artistes de rue ont été sollicités pour rendre la ville un peu moins triste. Beaucoup de graffitis ont été peints sur des pans de murs restants.
Ces œuvres sont éphémères, elles disparaitront lorsque tout sera reconstruit. Dans combien de temps ?
Elle est boudeuse mais je l'aime bien...
Des exemples de reconstructions, modernes bien sûr. Plus aucune construction en hauteur ne sera érigée.
Il y a un tramway. Mis en œuvre en 1905, il fut abandonné en 1954 pour je ne sais quelle raison. C'est devenu un tramway touristique depuis 1995, il fait une boucle en ville.
Des bâtiments anciens du centre, de faible hauteur, ont résisté aux séismes, c'est du coup la rue la plus ancienne de la ville, une belle rue piétonne vouée aux commerces.
J'ai le projet d'aller voir les montagnes et les fjords du sud. C'est trop compliqué en bus. J'ai donc décidé de louer un minivan pendant 15 jours. Un autre voyage commence.
Il n'est pas beau mon van ?!
Bon d'accord il est mini mais plus grand ça coûte une fortune. Celui-là, aussi petit soit-il, il me coûte quand-même 1200€ les deux semaines...J'ai de quoi cuisiner, une glacière, des toilettes et je dors bien. Je n'ai pas la folie des grandeurs. Si je l'avais je ne ferais pas le tour du monde (réflexion)
Donc c'est parfait et c'est parti pour les grands espaces !
Mon circuit dans l'île du sud. En bus de Picton à Christchurch au nord est, la boucle Christchurch/Christchurch en van.
Les Alpes du sud sont une chaîne de montagnes à l'ouest de l'île du sud. Les anglais auraient pu l'appeler autrement, c'est du copiage. D'autant plus que j'y vois plus de ressemblances avec la Cordillère des Andes. C'est la région des lacs. En passant près du lac Tekapo, j'aperçois déjà les contreforts de la chaîne des Alpes.
Moins d'une heure plus tard, je m'installe pour la nuit au bord du
lac Pukaki (ci-dessous) Il faisait beau et c'était déjà beau. Je vais devoir me familiariser avec les paysages grandioses.
Mount Cook.
Le lac Pukaki et le Mount CookC'est le sommet du pays, haut de 3724m. Encore plus majestueux lorsque le soleil se couche.
Il faut être un alpiniste de haut niveau pour atteindre le sommet. Pour le commun des mortels, quelques petites randonnées permettent de s'en approcher. Le lendemain matin, gros brouillard, mais il est prévu qu'il fasse beau. Patience. Enfin le soleil déchire le voile de brume et en conduisant vers le village Mount Cook, la chaîne des Alpes se dessine de belle manière au bout de la route.
Le Seigneur des Alpes, le Mount Cook se dévoile à la sortie de chaque virage.
Il est rare de voir autant de glaciers sur une superficie si petite.
Je pensais faire deux grandes journées de randonnées. Oui mais voilà, il n'y a pas de quoi faire. Il n'est pas possible d'enchaîner des journées de marche comme dans les Alpes européennes ou les Pyrénées avec nuits en refuges.
Seulement un chemin me mène jusqu'au lac Hooker. Une heure et demi de marche, une misère, le chemin des écoliers, emprunté par une foule bigarrée. Le lac Mueller est le premier à apparaître après avoir traversé un pont de singe. C'est un lac glaciaire, gris, issu de la fonte des glaciers qui le domine.
Le but ultime de la randonnée, après une heure et quinze minutes de marche, c'est
le lac Hooker. Une merveille ! A seulement 877m d'altitude...
C'est encore un lac glaciaire avec ses petits icebergs qui flottent et brillent sous le soleil généreux au pied du Mount Cook. Que c'est beau ! Ça me rappelle le Parc National Torres Del Paine au Chili. Là encore je suis resté une heure à l'heure du pique-nique avant de redescendre. Grandiose !
Revenu au point de départ, j'ai repris le minivan en direction du
lac et du glacier Tasman. Seulement quinze minutes de route. Du parking, vingt minutes de marche seulement permettent d'arriver au bord du lac Tasman (715m). Vous y croyez vous à des glaciers à 700m d'altitude ? Ben en NZ c'est possible.
Il y a vingt cinq ans ce lac n'existait pas. C'était un glacier, il a reculé de deux kilomètres en vingt cinq ans, laissant place au lac, et perdu trente cinq mètres de hauteur ! On le voit mieux ci-dessous, il forme comme un barrage au bout du lac.
Ce n'est pas un glacier blanc mais un glacier noir recouvert de moraines, ce sont des débris rocheux. De là, sur la gauche, une belle vue sur le Mount Cook et son énorme glacier blanc.
En continuant ma route vers le sud, les beaux paysages s'enchainent. Je voulais faire une halte au bord du lac Wanaka.
Il est beau et la ville est agréable. Mais j'ai vu mieux, le lac voisin.
Le lac Hawea.
Une merveille de la nature !
Un lac de 35 km de longueur et quelques centaines de mètres de large.
Entouré de montagnes, il est longé par une route scénique offrant de beaux points de vue. On aperçoit des glaciers au loin, dans le V.
A chaque sortie de virage, un nouveau paysage se découvre, toujours aussi beau.
Il n'y a pas beaucoup d'endroits comme ça sur la Terre. C'est particulier, une nature intacte, peu impactée par l'homme, même si c'est touristique, mais c'est tellement immense qu'il y a de la place pour tout le monde et c'est propre partout.
Je choisis toujours un bel endroit pour pique-niquer. C'est un bien grand mot car je ne mange que 3 ou 4 fruits avec de l'eau, c'est tout. Et c'est comme ça tous les jours, mon estomac est habitué aux faibles quantités de nourriture.
Dans les estives.
Après avoir passé Queenstown, une ville trop touristique faite d'abus en tous genres (j'ai eu une amende), j'ai longé le lac Wakatipu jusqu'à son extrémité nord à Glenorchy, autant dire jusqu'au bout du monde dans un décor de lacs et de montagnes.
Glenorchy.
Vous ne savez pas où passer votre retraite loin des turpitudes du monde chaotique ? Venez à Glenorchy. Un village hors du temps comme il y en a peu. Un charme désuet, une ambiance rétro, un art de vivre, une paix assurée.
Un village pas touristique, au bout d'une route dévoilant un paysage d'une beauté simple, épurée comme si un peintre était venu figer l'instant.
Des gens charmants, loin de tout, c'est à se demander si on vit dans le même siècle...
Le temps suspend son vol dans une contrée lointaine si belle presque irréaliste une plénitude que rien ne vient déranger pas même un souffle de vent pas même une goutte de pluie pas même un aboiement de chien seulement quelques oiseaux heureux qui rendent heureux un ciel blanc un ponton délabré pas réparé sur un lac couleur gris perle quelques arbres pour les touches de couleur des herbes basses sans fleurs une ode silencieuse à la nature.
Milford Sound.
C'est un fjord dans le Fiordland, la région des fjords. Seulement deux d'entre eux sont exploités touristiquement dont le Milford Sound. Tant qu'on n'y est pas on ne sait pas à quoi ça ressemble même si le mot fjord a une connotation de grandeur.
Direct en arrivant je ne suis pas déçu. C'est gigantesque ! Doublement gigantesque avec ce reflet incroyable !
C'est au bout d'un cul de sac, le point de départ des excursion en bateau. A gauche, le Mitre Peak, 1620m au-dessus de la mer. C'est l'une des falaises les plus hautes du monde. A droite un glacier. et puis le fjord diminue en grandeur au fur et à mesure que le bateau se rapproche de la mer.
J'ai été surpris de voir peu de monde, peut-être qu'à 9h du matin il était encore tôt. A cette heure-là, le soleil commençait à éclairer l'immensité du fjord encaissé dans ce qui fut un glacier à l'époque de l'ère glaciaire. La croisière dure deux heures, le temps d'aller jusqu'à l'embouchure de la mer (ci-dessous) et revenir.
Au retour, le soleil plus haut, le paysage est grandiose, la lumière plus belle !
La journée était belle, le beau temps en est la raison, c'est la clé du succès d'une journée. J'ai été particulièrement gâté de jour-là.
Passés ces grands moments dans les montagnes, les fjords, au bord des lacs, je prends la direction du sud au bord de la mer. Dans la région des Catlins.
Les Catlins.
C'est une région côtière entre les villes de Invercargill et Dunedin.
Une route magnifique ponctuée de points de vue superbes, des falaises, des plages, quelques animaux marins. Je n'ai pas regretté cette escapade de trois jours.
Il a fait beau mais en arrivant dans la région en fin de journée, à peine installé au bord de la mer avec mon van, le ciel s'est subitement couvert. Un ciel noir reflétant sur une eau noire d'encre. Hallucinant !
Même pas une goutte de pluie n'est tombée, le lendemain matin tout était bleu...Qui dit mer dit phares. Il y en a quelques uns, tous en bois construits au XIXème siècle.
Au pied de ce phare des lions de mer s'amusent sous le regard placide des cormorans.

Certains disent que ça ressemble à la Bretagne, ce qui n'est pas le cas. Ici pas de granit et des milliers de moutons paissent dans la campagne. J'ai bien aimé cet endroit qui n'est pas le plus beau ni le plus touristique du pays mais l'atmosphère est paisible.
Ce sont des bords de mer assez classiques, propices à quelques ballades sous un soleil bien présent mais la température a du mal a dépasser les vingts degrés. Le matin, il fait huit degrés, pour moi c'est l'ère glaciaire...
Mon voyage en Nouvelle-Zélande s'étire et tire à sa fin. Je dois rendre mon van, passer trois jours à Christchurch et rejoindre Auckland au nord en attendant de m'envoler pour ma prochaine destination. Je profite de ces derniers instants dans ce beau pays.
Mon approche en a réveillé plus d'une.
Les plus jeunes ont manifesté leur mécontentement ne daignant même pas me regarder, me snobant...
Il ne faut pas avoir peur, cette petite otarie n'est pas agressive. Elle sort de sa sieste et elle est encore un peu fatiguée la pauvre fille, alors elle baille !...
Je dis au revoir à ce beau pays riche d'une diversité d'atouts considérable. Les volcans, les montagnes, les glaciers, les lacs, les fjords, et la mer bien sûr. Difficile de faire plus complet.
Mais tout n'est pas parfait, il y a beaucoup d'abus envers les voyageurs considérés comme des vaches à lait, les vans étant leur cible préférée. Je ne m'étends pas sur le sujet, mais ça contrebalance la beauté du pays. Cela dit j'ai aimé découvrir un pays lointain que je ne connaissais pas. C'est la grosse destination dans le Pacifique avec l'Australie. Il n'y a pas photo, la Nouvelle-Zélande est largement au-dessus. C'est donc une belle découverte et une pierre de plus à ma connaissance du Monde. Ce beau Monde !